Un matin de clair soleil, a l'heure fraîche qui suit l'aube, nous gagnons en bande la station du chemin de fer a voie droite, le petit Volvic, qui part de la gare du P. L.M. à Riom pour aller rejoindre là-haut sur les hauteurs celle du P.O.
La petite machine sans tender, robuste et trapue, avec sur les flancs son eau et son charbon, ronfle sous pression. Elle va remorquer sur la montagne quelques wagons, qui reviendront chargés (de pierres, et deux voitures à voyageurs. Nous nous installons sur la plateforme de l'une d'elles pour jouir du bon air et du paysage, et nous voilà filant dans la plaine bornée au sud-ouest par les montagnes que domine la chaine des Puys aux cônes tronqués, cratères éteints qui vomirent aux temps préhistoriques flammes et laves. Le Puy de Dôme les dépasse tous de sa masse imposante.
Après la station de Marsat, la machine halète. pour gravir les premiers contreforts. Bientôt, sur notre droite, nous apercevons. planté comme un nid d'aigle, le château de Tournoël dont le haut donjon domine l'immense plaine, de la Limagne. Un pli de terrain nous le cache et nous arrivons a la gare de Volvic.
Un bon bourgeois de la cité des pierres noires, qui fumait sa pipe en humant l'air matinal, veut bien nous servir de guide vers les carrières,
(…)
friable, car à l'air elle durcit rapidement.
Mais, bien qu'à une belle altitude, nous soupirons vers d'autres sommets et nos regards se tournent vers les tours seigneuriales qu'on aperçoit de l'autre côté de la gorge:
- Ah ! je ne puis vous suivre si haut, dit le petit vieux . .. Mes faibles poumons s'y refusent ...
- C'est dommage, car vous nous intéressez fort avec votre érudition locale ...
- Je vous trouverai un meilleur cicerone.
Allez déjeuner, mes enfants, je vais vous l'envoyer ...
Après un frugal repas à l'auberge, nous voyons revenir notre petit vieux.
- Je n'ai point trouvé votre homme, fitil. Le champignonneux n'est pas rentré de ses pérégrinations matinales dans la montagne ... Il a pris, m'a dit sa femme, quelques provisions dans son bissac et il déjeune sans doute cette à heure dans ce petit bois de châtaigniers que vous voyez d'ici sur la hauteur, à mi-chemin de Tournoël.
Et nous voila partis à la recherche du champignonneux qui passait pour connaître toutes les anciennes anna les et légendes de la région. Pour aller au plus court, nous gravissons le flanc dénudé de la montagne qui se dresse suivant un angle vertigineux au-dessus de Volvic.
Après vingt minutes d'efforts, nous parvînmes, suant et soufflant, à atteindre le premier objectif désigné par notre bonhomme: une vierge colossale sur un amas de blocs de lave étendant ses mains bénisseuses sur la plaine. Nous nous reposâmes un instant aux pieds de la Madone des carriers, puis nous reprîmes notre marche sur une route plus plane et gagnâmes le chemin qui nous conduisit non loin des châtaigniers. A peine en avions nous dépassé la lisière que nous aperçûmes un assez gros individu à la barbe grisonnante, coiffé d'un chapeau mou, aux ailes abaissées, et muni de guêtres et d'un bissac bien gonflé. Il semblait en arrêt devant un